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Mon ami Youba

les cicatrices de la guerre

Youba est, comme on dit par chez nous, une « armoire à glace ».
Grand gaillard de 6 pieds 4, environ, large comme deux, avec des rastas.
Genre de personne à qui on dit Monsieur !
Mais Youba est d’une gentillesse, d’une délicatesse. Il ne ferait pas de mal à une mouche.
Je l’ai rencontré via des amis communs, dans un bar chic de Bujumbura.
Il nous avait invités.
Au Burundi, quand on invite des gens quelque part, ça veut dire qu’on paie pour eux. Par juste l’apéro. La soirée au complet.
J’étais un peu gêné, mais mes amis m’ont dit que c’était impoli de refuser.
Il m’a refait le coup quelques fois.
Pas facile d’être poli.
Mais Youba est costaud, alors (...) !

Quand je lui ai dit que j’habitais Québec, m’apprêtant pour une énième fois à expliquer la différence entre la province et la ville, il m’a dit « non, non, c’est bon, je sais. Tu connais le Dagobert ? »
Moment de stupéfaction.
C’est que Youba est en fait... Canadien ! D’origine burundaise, mais Canadien !
Il vit à Kingston, avec son épouse burundaise et leurs deux enfants.
Il est ici en vacances, mais aussi parce qu’il prépare son retour, leur retour.

Youba est revenu pour la première fois au Burundi l’an dernier.
La guerre venait officiellement de se terminer, les rebelles avaient tous accepté de rendre les armes.
Ce retour représentait beaucoup pour lui.
C’est un peu difficile à comprendre pour nous, dans notre confort occidental, qui n’a pas connu les atrocités de la guerre, mais pour lui, ça représente beaucoup.

Car la guerre, ça, Youba, il connaît.
Il en porte les traces. Physiquement.
C’était dans le milieu des années 90, il était allé terminer la soirée dans un bar à la sortie de Bujumbura.
Soudain, des rebelles ont débarqué.
Ils ont mitraillé la place. Au complet. Sans épargner personne.
Et pour s’assurer d’avoir tué tout le monde, ils ont poignardé les cadavres.
Youba n’a pas bronché.
Il a encaissé le coup, laissé la lame pénétrer sa chair, en retenant son souffle.
Les rebelles sont partis, laissant les morts derrière eux.
Un seul n’était pas vraiment mort : Youba.
Ça a été la goutte qui a fait déborder le vase.
Youba est parti au Canada.

Maintenant que la situation s’est calmée, il veut revenir au Burundi.
Il cherche une maison, une école pour ses enfants, des contacts pour ses affaires.
Il attendra la fin de l’année scolaire, les élections du printemps prochain au Burundi, mais il reviendra.
Mais avant de partir, mon ami Youba, je t’invite à Québec. À la Burundaise !

Posted by JTom 00:13

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